VERS LA PANDÉMIE D’AMOUR

Un tout petit virus invisible à l’œil nu nous a envahis et mis l’humanité à genoux, nous faisant tous expérimenter notre vulnérabilité que plusieurs en étaient venus à oublier. La révolution technologique, fruit de la science à laquelle nous avons accordé tous les droits, a alimenté notre sentiment d’invulnérabilité et, par voie de conséquence, notre suffisance. Nous avons cru pouvoir tout obtenir automatiquement et immédiatement en un clic. Mais voilà que notre monde et notre vie ont été complètement chamboulés. Habitués à voir se développer nos capacités d’accéder aux confins de la terre voire de l’univers, nous voilà confinés chez nous et placés devant l’univers le plus négligé, celui de notre vie intérieure où tout à coup une solitude nouvelle s’invite à notre table.

Tous, qui que nous soyons, sommes forcés, sauf exceptions, à mettre de côté le faire et confrontés à regarder l’univers de notre être personnel, conjugal, familial, social et ecclésial. Au-delà des personnes affairées aux services essentiels, nous faisons l’expérience de notre inutilité apparente en étant appelés au courage et à la solidarité de rester chez nous. Nous sommes invités à apprendre à être en amont de nos élans à faire.

A la fois, une belle occasion nous est offerte de rester chez nous pour entrer en nous, en soi pour se regarder et regarder les nôtres en nous questionnant sur notre être ensemble. A quelle vie aspirons-nous ? A quel monde ? Que sommes-nous devenus personnellement et ensemble ?

Pour nous, membres de Sève, ne serait-ce pas le temps de revisiter la pertinence de la vocation dans laquelle nous sommes engagés ? Comme certains l’ont déjà fait lors de la célébration du 25 janvier dernier à Paris. Ne serait-ce pas le temps de nous questionner sur la pertinence de la merveilleuse devise qui nous a été transmise pour devenir les pierres d’assise sur notre chemin ?

Devant cette vulnérabilité nouvelle, que sommes-nous appelés à devenir personnellement et ensemble ? Comment sommes –nous interpelés à aimer pour devenir ces êtres d’amour issus des mains et du coeur de notre Créateur qui n’est qu’Amour et non ce Dieu punisseur qui nous infecte pour nous punir de nos infidélités ? Comment nous mettre au service de cet être amour en soi et entre nous pour faire advenir cette civilisation de l’amour ? Et alors, alimenter l’unité tant recherchée au travers et au-delà de la diversité de nos êtres uniques.

Et parmi ceux et celles qui déjà laissent libre cours aux élans de leur générosité pour venir en aide aux plus vulnérables, ne retrouve-t-on que des croyants imbus de piété ou plutôt la diversité des êtres de toutes croyances manifestant que tout être humain porte en lui ce germe d’amour appelé à germer ?

Découvrirons-nous, tous ensemble,  qu’il y aurait un autre « virus », celui de l’amour incarné qui pourrait envahir notre monde au cœur même de son humanité aussi blessée soit-elle, pour nous acheminer vers une nouvelle pandémie, celle de l’amour ? Notre liberté est questionnée : à quelle fidélité sommes-nous appelés ? Et chacun de nous est placé devant la question si percutante que Marguerite Hoppenot  nous a exprimée en posant sur nous son regard si perçant : « Veux-tu ? »

 Richard, responsable de Sève au Canada